Musée d'art de Chichū
Naoshima, Kagawa

Sources consultées en octobre 2026
- Année
- 2004
- Architecte
- Tadao Ando
- Type
- Musée d'art, presque entièrement souterrain
- Accès
- Ouvert au public, sur réservation d'une date et d'une heure, fermé le lundi (site officiel, octobre 2026)
Sur l'île de Naoshima, Tadao Ando a enfoui un musée de béton dans une colline qui fut une saline : sur 2 500 m² de plancher, 35 m² seulement émergent. Cours triangulaire et carrée, tranchées et ouvertures dans les plafonds y font entrer le ciel et le jour. Le musée ne présente que trois artistes, Claude Monet, James Turrell et Walter De Maria ; les salles de Monet et de De Maria ne sont éclairées que par la lumière naturelle.
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Histoire
Le projet naît de l'acquisition d'une toile de Claude Monet de 2 × 6 mètres, un Bassin aux nymphéas de la même série que les grandes décorations de l'Orangerie, à Paris. L'idée était de créer, au cœur de la mer Intérieure de Seto, un lieu où réfléchir à ce que signifie « bien vivre », et de trouver comment montrer les Nymphéas en faisant un seul corps de l'œuvre et de l'espace.
Sur Naoshima, la Benesse House (Tadao Ando, 1992) avait ouvert la voie à une méthode dite site-specific work : artistes et architectes collaborent dès la conception pour créer l'œuvre et l'espace qui lui convient. Le musée de Chichū, en 2004, en est l'aboutissement.
Il a fallu environ cinq ans entre l'idée et l'achèvement. La colline retenue était une ancienne saline ensoleillée, avec vue sur la mer. Soichiro Fukutake, qui dirige le Benesse Art Site Naoshima, voulait une architecture invisible de l'extérieur, pour que ce qui touche au cœur et à l'esprit ne s'affiche pas, et demanda à Tadao Ando d'enterrer tout le bâtiment. Ando avait déjà dessiné sur l'île la Benesse House Museum et l'Oval ; il poussa plus loin son principe de continuité avec le paysage et la topographie.
Le chantier a commencé en avril 2002, avec le constructeur Kajima (dirigé sur place par 豊田郁美), et la construction s'est achevée en avril 2004. Le musée a ouvert au public le 18 juillet 2004. Il est administré par la Fondation Fukutake, rattachée à Benesse. L'ensemble peut se lire comme une très grande œuvre in situ, née des échanges entre les artistes et l'architecte.
Architecture
C'est un bâtiment en béton armé de trois niveaux, tous sous terre : sur environ 2 500 m² de plancher, seuls 35 m² émergent. Le dessin est réduit au minimum, avec du béton (le matériau de base de l'architecture d'Ando), de l'acier, du verre et du bois ; le résultat est à la fois non monumental et très architectural. De l'extérieur, on ne voit que les contours en béton des cours, posés dans la colline comme des figures géométriques ; les salines voisines et la vue sur la mer restent intactes. À l'intérieur, on n'en saisit jamais la forme d'ensemble : la visite se fait dans un dédale souterrain.
Le parcours tient en peu de gestes. On longe un mur de béton armé légèrement détaché de la pente, qui joue le rôle de façade et n'a qu'une seule ouverture ; une tranchée mène à un vestibule en pénombre. Dans l'aile d'entrée, une cour carrée en contrebas, plantée de tiges proches du bambou, se contemple sans se pénétrer. Une seconde tranchée conduit à la cour triangulaire, la plus haute du musée, qui relie les espaces des trois artistes et se découvre par des fentes diagonales taillées dans ses flancs. Ses trois murs atteignent 12,8 m de haut ; les fentes laissent entrer la lumière dans la galerie qui court derrière. Le béton reste toujours apparent : des volumes neutres où comptent la lumière, le ciel et les œuvres.
Le béton est travaillé jusque dans le détail. Les cadres d'acier des portes vitrées sont coulés dans le mur avec lui, les appareils d'éclairage sont réduits au minimum, et les arêtes des fentes de la cour triangulaire sont vives, comme coupées au couteau, parce que les parties haute et basse du mur ont été coulées en même temps. Dans les salles, l'éclairage artificiel est lui aussi limité au strict nécessaire.
La construction a été lourde. Les ingénieurs ont écarté le creusement en galerie, trop difficile à cause de la dureté du sol et de l'étanchéité ; ils ont excavé de 14 à 15 mètres, bâti, puis remblayé. Pour éviter que l'eau de pluie ne monte en pression contre les murs, ils ont prévu des bassins de rétention et de drainage et rempli l'extérieur de pierre concassée. Aucune centrale à béton ne produisait alors la qualité requise sur l'île : les 8 000 m³ ont traversé depuis Okayama en ferry, à six toupies par traversée, soit une coulée d'environ 100 m³ par jour au maximum, et les reprises de bétonnage ont été surveillées de près pour obtenir une peau lisse et homogène. Une fois le bâtiment enterré, la forme du remblai et les plantations ont été fixées par l'agence d'Ando.
La salle Monet montre le soin apporté à la lumière. Les idées de Monet pour ses grandes décorations y sont reprises : lumière naturelle, murs et cadres blancs, angles supprimés pour que le regard ne soit pas interrompu. Les murs reçoivent un enduit à gros grain sans joints, le sol est un tapis d'environ 700 000 cubes de marbre blanc de Carrare de 2 cm de côté posés à la main, avec la participation d'habitants du lieu ; les teintes de la pièce sont réglées pour diffuser doucement la lumière indirecte venue du plafond. La quantité de lumière dépend de la taille et de la hauteur du plafond suspendu, fixées lors d'essais sur maquette réalisés sur le site même.
Usage
Le musée ne montre que trois artistes et n'a pas d'expositions temporaires : les œuvres sont les mêmes depuis l'ouverture, à quelques peintures près. Les espaces de Walter De Maria et de James Turrell ont été conçus avec les artistes eux-mêmes ; ceux de Claude Monet, mort en 1926, avec le conservateur du musée, à partir des idées que Monet avait eues pour ses grandes décorations.
Claude Monet : cinq toiles de la série des Nymphéas, vues à la seule lumière du jour. Elles datent de 1914-1919, à l'exception d'un diptyque, Bassin aux nymphéas (vers 1915-1926), de 2 × 3 mètres par panneau.
Walter De Maria : Time/Timeless/No Time (2004). Une sphère de 2,2 mètres de diamètre et 27 formes géométriques en bois doré occupent une grande salle aménagée selon les instructions de l'artiste, qui y voyait une œuvre à part entière. Elle n'est éclairée que par la lumière naturelle tombant du plafond, qui change nettement d'une heure à l'autre.
James Turrell : trois œuvres choisies dans ses séries, de ses débuts à aujourd'hui, que l'on découvre dans l'ordre chronologique : Afrum, Pale Blue (1968), Open Field (2000) et Open Sky (2004). Les deux premières reposent sur une lumière artificielle (un projecteur pour Afrum, Pale Blue ; des tubes fluorescents et néon pour Open Field). Open Sky ouvre le plafond sur le ciel, dont l'arête d'ouverture est amincie à l'extrême, comme découpée dans du papier. Open Sky se voit pendant les heures d'ouverture ; un programme du soir permet aussi de le regarder assis, pendant 45 minutes, au coucher du soleil.
Entre le centre d'accueil et le bâtiment, le jardin de Chichū (environ 400 m²) réunit près de 200 sortes de fleurs et d'arbres semblables à ceux que Monet plantait à Giverny : nymphéas, saules, iris. Un café donne sur la mer Intérieure ; on y distingue encore le relief de l'ancienne saline.
Visiter
Le musée est ouvert de 10 h à 17 h (dernière entrée à 16 h) et fermé le lundi ; s'il est ouvert un lundi férié, il ferme le lendemain. La réservation d'une date et d'une heure est obligatoire, et si les billets en ligne sont épuisés, il n'y a pas de vente sur place ce jour-là. Le billet acheté en ligne coûte moins cher qu'au guichet ; l'entrée est gratuite jusqu'à 15 ans. Le calendrier des jours d'ouverture est à consulter avant de venir.
Le programme du soir d'Open Sky a lieu les vendredis et samedis, sur réservation (billet d'entrée « avec programme du soir »), et dure environ 80 minutes déplacements compris. Les autres œuvres n'y sont pas visibles : il faut entrer avant la dernière admission et les voir avant la fermeture.
On quitte les chaussures dans certains espaces, mieux vaut donc des chaussures faciles à enlever. Photographier, filmer et dessiner sont interdits dans le musée (on peut photographier jusqu'à l'accueil intérieur) ; on ne mange et ne boit qu'au café, qui est dans le musée et ne se visite pas seul. Valises, parapluies, trépieds et poussettes sont refusés (casiers ou dépôt au centre d'accueil), les animaux aussi. Certains espaces ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite ; le musée conseille de le contacter avant la visite.
Adresse : 3449-1 Naoshima, Kagawa. On gagne l'île par Takamatsu (environ 60 minutes de traversée jusqu'à Miyanoura) ou par Uno (environ 20 minutes). De là, le bus municipal mène à Tsutsuji-so, où une navette gratuite du Benesse Art Site Naoshima dessert le musée. Entre la porte est (près de Tsutsuji-so) et la porte nord (près du musée Lee Ufan), la zone est privée : merci de s'abstenir d'y entrer en voiture, en moto ou à vélo, sauf si l'on séjourne à la Benesse House. Un parking se trouve au centre d'accueil de Chichū, et un parc à vélos près de la porte est.
Photos


34.45° N, 133.99° E
Sources (15)
- benesse-artsite.jp/en/art/chichu.html
- benesse-artsite.jp/en/access/naoshima/
- benesse-artsite.jp/en/access/
- benesse-artsite.jp/story/20211207-2198.html
- benesse-artsite.jp/story/20201030-1494.html
- en.wikipedia.org/wiki/Chichu_Art_Museum
- ja.wikipedia.org/wiki/地中美術館
- arquitecturaviva.com/obras/museo-de-arte-chichu-naoshima
- cca.qc.ca/en/search/details/library/publication/61176849
- wikidata.org/wiki/Special:EntityData/Q4556499.json
- benesse-artsite.jp/art/chichu.html
- benesse-artsite.jp/access/naoshima/
- kajima.co.jp/news/digest/nov_2014/feature/chichu/index-j.html
- benesse.jp/kyouiku/202012/20201205-1.html
- bijutsutecho.com/artwiki/24
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