Hôtel van Eetvelde
Bruxelles (quartier des Squares)
Sources consultées en novembre 2026
- Année
- 1895-1901
- Architecte
- Victor Horta
- Type
- Hôtel particulier et maison de rapport (Art nouveau, patrimoine mondial de l'UNESCO)
- Accès
- Ouvert au public le samedi, le dimanche et le lundi ; pendant la restauration des façades, la visite se limite à la maison principale (site du LAB·AN, novembre 2026)
Victor Horta a conçu cet hôtel particulier pour Edmond van Eetvelde, secrétaire général de l'État indépendant du Congo, en trois phases entre 1895 et 1901, à l'angle de l'avenue Palmerston et du square Marie-Louise. Son plan s'organise autour d'un jardin d'hiver octogonal surmonté d'un puits de lumière et d'une coupole de vitraux, tandis que la façade du no 4 laisse voir sa structure métallique. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2000, l'hôtel se visite aujourd'hui avec le LAB·AN.
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Histoire
Edmond van Eetvelde, diplomate devenu secrétaire général de l'État indépendant du Congo, fait appel à Victor Horta pour bâtir son hôtel sur l'avenue Palmerston, au coin du square Marie-Louise, dans le quartier des Squares. La maison principale est conçue en 1895. Deux autres phases suivent, conçues par Horta, qui reste le chef de chantier à chacune d'elles : en 1899, un agrandissement d'une travée vers l'angle de l'avenue, avec un bureau d'apparat ouvert sur le jardin d'hiver, et une maison de rapport sur l'angle même ; en 1901, une seconde travée de l'autre côté. Dans les années qui suivent la construction, Horta remanie aussi lui-même le hall et le vestibule.
L'hôtel est aussi un lieu de propagande pour la colonisation du Congo : il exhibe des matériaux tirés de la colonie, en particulier des bois et de l'ivoire du Congo, et représente la faune et la flore congolaises ainsi que l'étoile à cinq branches, emblème de l'État indépendant. Durant les mandats de van Eetvelde, en particulier après qu'il est devenu secrétaire général unique, en 1894, des violences de masse sont commises contre les Congolais ; face à leur dénonciation publique, il en relativise l'ampleur.
En 1920, après la mort de sa femme, van Eetvelde fait remanier l'ensemble par l'architecte Arthur Verhelle : l'annexe de 1899, avec le bureau, est détachée de l'hôtel et rattachée au no 2. La même année, l'hôtel est acquis par la famille Pouppez de Kettenis, qui y reste près de trente ans. La Fédération de l'industrie du gaz l'achète en 1950 et y installe des bureaux ; en 1965, d'autres bureaux sont aménagés dans le puits de lumière. L'hôtel est classé en 1976 avec son annexe de 1901. Le puits de lumière est rétabli en 1988 par les architectes Barbara Van der Wee et Jean Delhaye, qui redonnent à ses parois leur apparence d'origine.
La maison du no 2, sur l'angle, échappe à plusieurs projets de remplacement. En 1936, après une vague de protestations, la Ville refuse le permis de la remplacer par un immeuble à appartements. Revendue entre-temps à l'architecte Jean Delhaye, elle fait l'objet d'une nouvelle demande en 1938, restée sans suite, puis Delhaye présente lui-même, en 1957, un projet d'immeuble à appartements. En 1958, il choisit finalement de la transformer pour en faire son bureau et sa maison de famille ; elle est classée en 1971. L'hôtel est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2000, avec trois autres maisons de Horta : les hôtels Tassel et Solvay et sa maison personnelle, rue Américaine. Après des travaux de restauration et de rénovation, il s'ouvre au public en 2023.
Architecture
Horta tenait ce plan pour « le plus audacieux » de ceux qu'il avait réalisés jusque-là. La parcelle mesure neuf mètres de large pour environ 32 de long ; la maison tient en deux corps, l'un sur rue, l'autre à l'arrière, que joint en leur milieu le jardin d'hiver, éclairé d'en haut par un puits de lumière. Trois ensembles s'y côtoient : les services, au rez-de-chaussée et sous les combles ; l'appartement privé de la famille, aux deuxième et troisième étages ; les salons de réception, au premier.
Depuis l'entrée, on gagne en biais l'octogone du jardin d'hiver, autour duquel le parcours s'enroule en spirale : un premier escalier y monte, à l'entresol, puis un second conduit au premier étage, vers la salle à manger, à l'arrière, et le salon, à l'avant. Le hall et le vestibule, relativement sombres, contrastent avec ce jardin d'hiver lumineux.
Le jardin d'hiver est couvert d'une coupole de vitraux qui s'appuie sur 32 nervures et sur huit piliers de métal soulignés de filets dorés. À l'origine, ses parois étaient elles aussi en vitrail, ce qui laissait filtrer peu de lumière vers le long couloir d'accès et les services du rez-de-chaussée ; peu après la construction, Horta les remplace par des lambris de marbre vert et retire les pavés de verre qui décoraient le milieu de l'octogone. Le sol est en mosaïque verte à motifs orangés.
Le salon reçoit une lumière abondante par ses grandes fenêtres ; ses lambris sont en plaques d'onyx vert incrustées de bronze doré, et un châssis métallique à vitrage biseauté s'ouvre sur le jardin d'hiver. La porte à double battant de la salle à manger, en acajou, est garnie de vitraux en verre américain figurant des arbres stylisés ; la pièce garde sa tapisserie gaufrée ocre, verte et brune, à motifs de végétaux et d'animaux stylisés, et deux buffets créés par Horta pour l'hôtel, montrés au salon de la Libre Esthétique en 1897. Dans l'annexe de 1899, rattachée depuis 1920 au no 2, l'ancien bureau de van Eetvelde conserve son mobilier d'origine en acajou africain, l'un des ensembles dessinés par Horta les mieux conservés aujourd'hui.
Sur l'avenue Palmerston, la façade du no 4 a une allure industrielle : un vaste oriel de poutrelles métalliques rivetées, à la manière d'un mur-rideau, sur deux niveaux et cinq travées, porté par trois consoles métalliques et orné d'allèges en mosaïque aux lignes en coup de fouet. Les bâtiments de 1899 et l'annexe de 1901 montrent au contraire des élévations en pierres blanches d'Euville et de Savonnières, aux détails sculptés ; en même temps que les deux annexes, Horta remplace le parement bicolore d'origine du rez-de-chaussée et du dernier niveau de l'hôtel par une alternance de ces mêmes pierres.
Usage
Créé pour l'année Art nouveau 2023, le LAB·AN est installé dans l'hôtel. Ce lieu dédié à la promotion de l'Art nouveau porte un regard actuel sur ce patrimoine belge, bruxellois et international, et ouvre l'hôtel au grand public. L'asbl Patrimoine & Culture en assure la gestion, comme celle des Halles Saint-Géry. Ses visites replacent les matériaux venus de la colonisation du Congo belge, tels le bois exotique et l'ivoire, dans le contexte de leur emploi.
Visiter
Le LAB·AN ouvre l'hôtel le samedi, le dimanche et le lundi, de 10 h à 17 h, avec une dernière entrée à 16 h 30. Pour une visite libre, sans guide, on achète son billet en ligne ; une visite guidée se réserve en écrivant au LAB·AN. Le LAB·AN est installé au 2-4 de l'avenue Palmerston, à l'angle du square Marie-Louise.
50.85° N, 4.38° E
Sources (7)
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