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Armée du Salut, Cité de Refuge

Paris, 13e arrondissement

Armée du Salut, Cité de Refuge, Paris, 13e arrondissement
Photo : « flickr:30050547446 » · Fred Romero · Flickr · CC BY 2.0, recadrée

Sources consultées en octobre 2026

« Conçue comme un bâtiment entièrement hermétique, fermé au sud par mille mètres carrés de verre sans ouvrant, la Cité de Refuge de Le Corbusier accueille toujours des personnes privées de logement. »
Année
1933
Architecte
Le Corbusier
Type
Centre d'hébergement et d'insertion
Accès
Centre d'hébergement en activité ; visites du bâtiment sur rendez-vous (Armée du Salut, octobre 2026)

Commandée par l'Armée du Salut et inaugurée en 1933, la Cité de Refuge devait offrir environ cinq cents lits, des repas et des ateliers. Le Corbusier et Pierre Jeanneret y conçoivent un bâtiment hermétiquement clos, chauffé par air pulsé ; sa façade sud en pan de verre est remplacée entre 1948 et 1952 par des brise-soleil devant des menuiseries en bois colorées. La Fondation de l'Armée du Salut y héberge toujours des personnes privées de logement, et le bâtiment se visite sur rendez-vous.

Itinéraire
Pour approfondir ≈ 4 min de lecture

Histoire

Au sortir de la Première Guerre mondiale, l'Armée du Salut lance un ambitieux programme d'architecture pour secourir les plus démunis. La Cité de Refuge est pour elle le troisième ouvrage de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret, après l'Annexe du palais du Peuple et l'asile flottant. Albin Peyron, de l'Armée du Salut, la leur confie, soutenu par la mécène Winnaretta Singer, princesse de Polignac, qui paie une grande partie des travaux et qui impose Le Corbusier comme architecte.

Trois missions incombent au bâtiment : l'asile de nuit, la préparation et la distribution des repas, et le recyclage en ateliers. Il comprend environ cinq cents lits, en dortoirs ou en petites chambres destinées à des mères célibataires avec leurs enfants, qui bénéficient aussi d'une crèche, chose alors très rare. De juin 1929 à juin 1930, Le Corbusier dessine cinq projets l'un après l'autre ; le dernier retire deux ailes pour réduire le coût de la construction et du chauffage, et s'en tient au gabarit imposé par le Conseil général des bâtiments civils. Le chantier s'ouvre en juin 1930 par la pose de la première pierre, et le président Albert Lebrun inaugure l'édifice le 7 décembre 1933 sous le nom de « Refuge Singer-Polignac », en l'honneur de la princesse.

Entièrement vitrée, la façade sud s'avère inconfortable sur le plan thermique : dès 1935, les architectes y ménagent des ouvrants. Comme la Cité a de plus beaucoup souffert pendant la guerre, Le Corbusier fait remplacer le pan de verre de 1948 à 1952, en plaçant un brise-soleil devant des menuiseries de bois colorées. En 1975, les façades, les toitures, le hall et les escaliers sont inscrits aux monuments historiques.

Les architectes Georges Candilis et Philippe Verrey conçoivent le Centre Espoir (permis de construire de 1975), que Simone Veil et Jacques Chirac inaugurent en 1978. Des travaux de mise aux normes, de 1988 à 1994, modifient notamment les garde-corps, les châssis et les allèges maçonnées colorées. Une importante réhabilitation prend fin en 2015 : les dortoirs cèdent la place à des chambres individuelles, des studios et des appartements, tandis que le hall, la rue intérieure et la rotonde retrouvent leur état d'origine.

Architecture

Le Corbusier réalise un édifice hermétiquement fermé « à respiration exacte », fondé sur l'air conditionné et chauffé par de l'air pulsé. Il avait théorisé cette idée à la fin des années 1920 et avait tenté, sans succès, de l'appliquer au Centrosoyus de Moscou. C'est son premier bâtiment entièrement étanche à l'air, avec une façade intégralement vitrée composée notamment de briques de verre Nevada. Côté sud, le mur de verre couvrait mille mètres carrés, sans aucun ouvrant.

La structure associe poteaux et planchers en béton armé à des hourdis en terre cuite. Comme le sol était instable et gorgé des eaux souterraines de la Seine, les poteaux s'appuient sur des pieux en béton armé enfoncés de 12 à 15 m.

Le Corbusier y distingue trois éléments. Le premier, dont deux façades sont des pans de verre devant les planchers de béton, contient l'hôtellerie et les réfectoires, avec des espaces séparés pour les hommes et pour les femmes, ainsi que la cuisine ; tout en haut, une toiture-terrasse couronne l'appartement du gouverneur de la Cité et ceux du personnel. Le deuxième, qui précède l'hôtellerie, regroupe le portique d'entrée, le service de contrôle, le hall où l'on reçoit les visiteurs, le hall d'attente et les bureaux. Le dernier repose sur des pilotis : il ménage un sous-sol bien éclairé qui accueille un dispensaire, avec en dessous le vestiaire du pauvre (la rotonde).

Pour loger l'étage de la crèche sans dépasser le gabarit imposé, Le Corbusier fait pencher la façade de 40 cm ; presque imperceptible, cette inclinaison renforce l'effet de légèreté des façades vitrées. Escaliers extérieurs, rambardes métalliques et cheminées font penser au modèle du paquebot.

Usage

La Cité de Refuge et le Centre Espoir, son extension, sont gérés par la Fondation de l'Armée du Salut, reconnue d'utilité publique ; des hommes, des femmes et des familles sans logement y trouvent accueil et soutien. Le centre d'hébergement offre près de 300 places, en chambres individuelles, en studios pour couples et en appartements familiaux, et les repas se prennent au self.

La Cité des Dames, ouverte en 2018, reçoit de jour comme de nuit, dans un lieu où seules les femmes sont admises, des femmes seules vivant à la rue. Un chantier d'insertion fait travailler des personnes à l'entretien du bâtiment, à la blanchisserie ou à l'atelier couture ; les résidents se voient aussi confier, sous encadrement, des missions comme les visites guidées du bâtiment.

Visiter

La Cité de Refuge est un centre d'hébergement en fonctionnement, dont la visite se fait sur rendez-vous. On peut organiser des visites du bâtiment, conduites entre autres par des résidents ; la dernière restauration a prévu des espaces témoins pour les recevoir.

Il faut adresser sa demande à l'établissement, qui met à disposition un formulaire de contact et un numéro de téléphone. Il est situé dans le 13e arrondissement de Paris.

48.83° N, 2.38° E

Sources (6)

  1. armeedusalut.fr/etablissements/centre-espoir-cite-de-refuge/
  2. fondationlecorbusier.fr/oeuvre-architecture/realisations-armee-du-salut-cite-de-refuge-par
  3. sites-le-corbusier.org/oeuvres/cite-de-refuge-paris/
  4. pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00086591
  5. openstreetmap.org/way/79084623
  6. fondationlecorbusier.fr/en/work-architecture/achievements-cite-de-refuge-salvation-army-ho