Unité d'habitation de Berlin (Corbusierhaus)
Berlin, Westend

Sources consultées en octobre 2026
- Année
- 1956-1958
- Architecte
- Le Corbusier
- Type
- Immeuble d'habitation collectif (unité d'habitation)
- Accès
- Immeuble habité ; visites guidées de groupe, sur rendez-vous seulement, organisées par l'association Corbusierhaus Berlin (site de l'association, octobre 2026)
Troisième unité d'habitation de Le Corbusier après Marseille et Nantes-Rezé, bâtie en 1956-1958 sur une colline près du stade olympique pour l'exposition Interbau de 1957, c'est un immeuble de 141 m de long et 53 m de haut, élevé sur des supports de béton et rythmé par de longues bandes de loggias colorées. Le Corbusier a pris ses distances avec le bâtiment exécuté, dont le projet a été modifié par les règles de la construction et du logement social. Toujours habité en copropriété, il ne se visite qu'avec les visites guidées de groupe de l'association Corbusierhaus Berlin, sur rendez-vous.
Histoire
Berlin-Ouest compte, après la Seconde Guerre mondiale, pas moins de 500 000 logements à reconstruire. Le Sénat pour la construction et le logement invite, dès février 1955, Le Corbusier, comme Alvar Aalto, Walter Gropius et Oscar Niemeyer, à l'exposition internationale de la construction Interbau, qui se tiendra en 1957. Pour la deuxième fois, on l'invite à construire en Allemagne, près de trois décennies après les maisons de la Weissenhof-Siedlung de Stuttgart. Il est le seul architecte à avoir l'autorisation de choisir son terrain : le Hansaviertel, prévu au départ, est trop petit pour un bâtiment de cette taille. L'unité s'élève finalement à Charlottenburg, à l'ouest de la ville, sur un terrain de 4 hectares situé sur une colline, près du stade olympique, bâti pour les Jeux de 1936. Il faut de vastes terrassements pour préparer le plateau.
En mars 1956, on esquisse les premiers dessins à l'atelier du 35 rue de Sèvres ; ils suivent, dans leurs grandes lignes, la Cité radieuse de Marseille, avec ses rues commerçantes et ses services. En juillet 1956, la police du bâtiment impose des normes restrictives : la hauteur minimum des logements passe à 2,50 m sous plafond, alors que Le Corbusier avait fixé 2,26 m selon le Modulor. C'est la première d'un grand nombre d'atteintes au projet : la double hauteur, l'escalier de secours extérieur, les commerces et services, le parking et le toit-terrasse équipé et accessible sont abandonnés malgré les oppositions répétées de l'architecte. Le gros œuvre commence en janvier 1957, avec une préfabrication en usine et sur place.
En août 1957, Le Corbusier demande publiquement à l'opinion allemande de s'exprimer sur l'« altération arbitraire » de ses plans. Il se distancie du bâtiment exécuté, ce que marque le complément « Typ Berlin » ajouté au nom de l'immeuble. C'est, après Marseille et Nantes-Rezé, la troisième unité d'habitation de ce type.
En 1974, une première restauration limite la dégradation des façades, mais l'aspect brut du béton en est altéré ; d'autres interventions suivent en 1984 et 1986. Les logements locatifs sont transformés en copropriété en 1979. Le bâtiment est un monument protégé de Berlin. L'association Corbusierhaus Berlin est fondée en 2004 par 19 habitants et amis de la maison.
Architecture
L'unité de Berlin est un immeuble de dix-sept niveaux, long de 141 m, large de 23 m et haut de 53 m. Il repose sur des supports de béton en forme de voiles, au-dessus d'un rez-de-chaussée libre de sept mètres de haut. Cette surélévation laisse l'espace libre sous la maison, et la butte, un peu à l'écart, tient le bâtiment à distance de la circulation des rues voisines. Le béton est laissé brut de décoffrage. Les poteaux, les planchers et la cage d'ascenseur sont en ossature de béton armé, tandis que les murs séparant les logements sont en béton préfabriqué.
Le projet relève de l'idée de « ville radieuse » de Le Corbusier et de celle de « cité-jardin verticale », qui, en concentrant les logements, permet à leurs habitants de vivre au contact d'espaces verts voisins.
Les façades sont rythmées par de longues bandes de loggias, chaque appartement en ayant une. La polychromie diffère de celle des autres unités : des paires de couleurs superposées (violet/blanc, jaune/rouge, vert foncé/blanc) marquent les murs séparant les loggias, et un autre système associe des couples de couleurs séparés par une oblique (noir/bleu par exemple). Sur les côtés est, sud et ouest, ce sont surtout les parois intérieures des balcons, peintes selon un plan de couleurs, qui animent les vues ; des stores colorés, comme à Marseille, étaient prévus à l'origine.
Les logements, souvent en duplex, sont disposés côte à côte et desservis par des rues intérieures : des corridors centraux qui courent sur toute la longueur de l'immeuble et ne sont éclairés que par la lumière artificielle. Un logement d'une pièce fait 32 m² ; un trois-pièces occupe 100 m² sur deux niveaux, et l'étage des chambres traverse tout l'immeuble d'ouest en est, si bien que le logement reçoit la lumière naturelle des deux côtés. Les dimensions des pièces ne suivent plus le Modulor : elles ont été adaptées aux règles du logement social. Au rez-de-chaussée, un magasin en libre-service et un bureau de poste ont tout de même pu être installés.
Usage
L'immeuble est toujours habité ; depuis 1979, c'est une copropriété. L'association Corbusierhaus Berlin y organise des manifestations scientifiques et culturelles.
Cette association de bénévoles a pour but de promouvoir le bâtiment au titre de la protection du patrimoine et de faire connaître la « ville verticale » qu'est l'unité d'habitation.
Visiter
L'immeuble est habité : il ne se visite qu'avec les visites guidées de groupe de l'association, sur rendez-vous. On les demande par courriel en indiquant la date souhaitée et le nombre de participants ; on peut venir seul ou à quelques-uns, mais on ne peut pas se joindre à un groupe déjà réservé.
La visite dure environ une heure à une heure et demie. Elle comprend la description de la maison, des explications sur l'histoire de la construction et sur la vie dans l'immeuble, les parties communes extérieures et intérieures, et l'appartement d'une pièce de l'association ; des panneaux d'exposition permettent de comparer l'unité de Berlin à celle de Marseille.
L'immeuble se trouve juste à côté de la gare S-Bahn Olympiastadion.
Photos




52.51° N, 13.24° E
Sources (10)
- corbusierhaus-berlin.org/deutsch/fuehrungen.html
- corbusierhaus-berlin.org/english/guidedgrouptours.html
- corbusierhaus-berlin.org/deutsch/historie.html
- corbusierhaus-berlin.org/deutsch/verein.html
- berlin.de/ba-charlottenburg-wilmersdorf/ueber-den-bezirk/bauwerke/wohnanlagen/artikel.1346
- denkmaldatenbank.berlin.de/daobj.php?obj_dok_nr=09040533
- fondationlecorbusier.fr/oeuvre-architecture/realisations-unite-dhabitation-berlin-allemagn
- sites-le-corbusier.org/oeuvres/unite-dhabitation-berlin/
- openstreetmap.org/way/8080757
- fondationlecorbusier.fr/en/work-architecture/achievements-unite-dhabitation-berlin-germany