VERRIÈRE
FREN
🇫🇷France·Vue de l'extérieur

Manufacture Claude-et-Duval

Saint-Dié-des-Vosges, Vosges

Sources consultées en novembre 2026

« Une bonneterie sur pilotis dont le toit-terrasse porte les bureaux, avec les premiers brise-soleil de l'œuvre de Le Corbusier en France. »
Année
1946-1950
Architecte
Le Corbusier
Type
Usine de bonneterie
Accès
Usine en activité ; visible de l'extérieur, sans visite pour l'instant (Sites Le Corbusier, novembre 2026)

Pour reconstruire sa bonneterie de Saint-Dié, en partie détruite par un incendie en 1944, Jean-Jacques Duval fait appel à son ami Le Corbusier. Entre 1946 et 1950, l'atelier de la rue de Sèvres conçoit, sous la direction d'André Wogenscky, une usine en béton armé sur pilotis, avec ses bureaux sur le toit-terrasse et deux pignons aveugles en grès des Vosges. En partie classée monument historique et comprise dans la série inscrite au Patrimoine mondial en 2016, l'usine est toujours en activité.

Itinéraire
Pour approfondir ≈ 3 min de lecture

Histoire

Fondée en 1908, la bonneterie familiale est en partie détruite par un incendie en novembre 1944. Ses dirigeants, Jean Claude, Paul Duval et Jean-Jacques Duval, décident en 1946 de la reconstruire ; Jean-Jacques Duval, qui veut depuis longtemps agrandir et moderniser l'usine, s'adresse à son ami Le Corbusier. Il demande un bâtiment aussi fonctionnel que possible, qui offre au personnel d'excellentes conditions de travail dans un cadre de qualité esthétique ; il laisse toute liberté à l'architecte, mais se montre un client attentif et exigeant. Bien que ses propositions pour rebâtir la ville de Saint-Dié aient échoué, Le Corbusier accepte : il y voit l'occasion de mettre à l'épreuve son prototype d'usine verte, imaginé pour la Cité linéaire industrielle.

L'atelier de la rue de Sèvres avance trois propositions ; l'avant-projet est choisi en mai 1947 et arrêté en avril 1948. Le chantier se déroule presque en même temps que celui de l'Unité d'habitation de Marseille, avec des collaborateurs en commun. André Wogenscky le dirige, Fernand Gardien suit la construction et Vladimir Bodiansky est l'ingénieur.

Le classement monument historique date de 1988 pour les façades, les toitures, la structure en béton sur pilotis et les bureaux de la terrasse, et de 2021 pour les bâtiments à sheds. L'usine est l'un des sites de la série reconnue au Patrimoine mondial en 2016. Elle appartient toujours à la famille Duval.

Architecture

Pour Le Corbusier, l'usine se compose de trois volumes : les pilotis, les ateliers de confection, puis l'étage des bureaux avec le toit-terrasse. Elle se raccorde aux bâtiments d'avant-guerre épargnés, agrandis et remaniés pour la bonneterie. Le bâtiment principal, en béton armé, compte trois niveaux et repose sur une double rangée de pilotis de béton. Les bureaux, au niveau du toit-terrasse, sont construits de juin à août 1949. Aux extrémités, deux pignons aveugles en grès des Vosges, récupéré sur les bâtiments abattus, ferment la structure.

Sur les grands côtés, ce sont des pans de verre à menuiseries de bois. Du côté sud-est, la façade principale reçoit des brise-soleil en béton, qui assurent le confort du personnel et évitent aux tissus une exposition prolongée ; ce sont les premiers de l'œuvre de Le Corbusier en France, quelques mois avant ceux de l'Unité d'habitation de Marseille ; Vladimir Bodiansky et André Wogenscky les ont conçus. Les façades nord et sud, que rythment des pavés de céramique verts, jaunes et blancs, rappellent les loggias de Marseille ; la façade nord-ouest laisse voir le volume courbe des salles d'attente.

L'agencement suivait le circuit de production : les rouleaux de tissu montaient par monte-charge au 3e étage, où on les découpait, puis passaient au 2e pour l'apprêt et la confection ; le 1er étage était conçu comme réserve. Les monte-charges et les toboggans de ce circuit, séparé de celui du personnel, ont été supprimés depuis. Sous les pilotis se trouvent l'entrée principale, la conciergerie, le parc à vélos et le quai d'embarquement. Béton brut, plafonds peints, dalles de verre et dallages s'y côtoient ; le mur d'entrée réemploie des pierres prélevées sur les trottoirs de la ville.

Le toit-terrasse et les bureaux ont été particulièrement soignés. Depuis le hall d'entrée, l'administration est à gauche ; à droite viennent les bureaux des représentants et de la direction, ainsi qu'une salle de réunion. Dans le hall, un petit escalier hélicoïdal met en liaison bureaux et ateliers. Les bureaux des représentants ont des cloisons en contreplaqué de chêne et du mobilier fixe. La salle de réunion a été taillée dans l'espace qu'on destinait d'abord au bureau du directeur ; une grande porte pivotante sur axe décentré, comme celle de l'appartement-atelier de l'architecte, sépare les deux pièces. La salle de réunion est meublée de chaises et d'une table de Jean Prouvé. Deux terrasses prolongent les bureaux ; au nord-ouest, des murs obliques masquent les constructions voisines et dégagent la vue sur le paysage.

Comme à Marseille, le chantier a servi d'essai pour le béton, la polychromie, le jeu de lumière des brise-soleil et l'emploi du Modulor dans les proportions.

Usage

L'usine textile fonctionne toujours ; l'entreprise fabrique surtout des articles de luxe en maille pour femmes.

Visiter

L'usine se voit de l'extérieur ; elle ne se visite pas pour l'instant.

48.29° N, 6.95° E

Sources (3)

  1. fondationlecorbusier.fr/oeuvre-architecture/realisations-usine-claude-et-duval-saint-die-f
  2. sites-le-corbusier.org/oeuvres/usine-duval-saint-die-des-vosges/
  3. pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00107281