Hôtel Tassel
Bruxelles (rue Paul-Émile Janson)

Sources consultées en novembre 2026
- Année
- 1893-1894
- Architecte
- Victor Horta
- Type
- Maison bourgeoise (Art nouveau, patrimoine mondial de l'UNESCO)
- Accès
- Intérieur habituellement fermé au public ; ouvert à des visites guidées sur réservation pendant le festival BANAD (programme de mars 2026)
Victor Horta a conçu cette maison bourgeoise en 1893 pour Émile Tassel, qui enseignait la géométrie descriptive à l'Université libre de Bruxelles. Considérée comme l'œuvre fondatrice de l'Art nouveau bruxellois, elle réunit déjà les traits que Horta développera dans ses autres maisons : structure de fer apparente, décor intégré à la structure, ouverture à la lumière naturelle, jardin d'hiver au cœur de la maison. Elle figure sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2000.
Histoire
Émile Tassel, qui enseigne la géométrie descriptive à l'Université libre de Bruxelles et appartient, comme Horta, à la loge maçonnique des Amis philanthropes, lui commande sa maison. Le terrain mesure 7,79 m de large pour 29 m de profondeur, dont 20,8 m sont occupés par la maison. Le programme est celui d'un célibataire qui vit avec sa grand-mère, aime recevoir ses amis et veut poursuivre chez lui ses travaux scientifiques. Horta conçoit la maison en 1893 ; elle est terminée en 1894, et Horta dessine encore du mobilier pour son client pendant quelques années. Quelques petites modifications touchent aussi la décoration et le chauffage.
L'hôtel est ensuite occupé un temps par la maison de couture Norine, puis divisé en petits logements en 1956, une transformation qui va à l'encontre de la conception initiale. Un arrêté royal du 18 novembre 1976 le classe tout entier comme monument. Cette année-là, l'architecte Jean Delhaye achète le bien pour lui rendre sa splendeur d'origine, et la restauration commence en 1982. En 2000, l'hôtel est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, avec trois autres habitations de Horta.
Architecture
L'hôtel est considéré comme l'œuvre fondatrice de l'Art nouveau bruxellois. Horta y tourne définitivement le dos au plan des maisons bruxelloises traditionnelles. La maison se compose de deux corps de bâtiment parallèles, couverts chacun d'un toit à deux versants. Sur la rue, le premier accueille les visiteurs et abrite les pièces de travail (parloir au rez-de-chaussée, fumoir-laboratoire à l'entresol, bureau au premier étage, salle d'étude au deuxième). À l'arrière, le second, plus profond, est réservé à la vie domestique et privée : les cuisines occupent les caves hautes, le salon-salle à manger le rez-de-chaussée surélevé, le premier étage une chambre spacieuse et une salle à manger plus petite, le deuxième deux chambres ; un escalier de service le dessert de bout en bout. L'espace de 5,30 m qui sépare les deux corps se partage en deux puits de lumière, l'un pour la cage de l'escalier principal, l'autre pour le jardin d'hiver du rez-de-chaussée, et des paliers relient les deux corps à trois niveaux. Toutes les caractéristiques que Horta développera dans ses autres habitations s'y trouvent réunies : structure de fer apparente, décor intégré à la structure, fluidité de l'espace, ouverture à la lumière naturelle, jardin d'hiver au cœur de la maison. Il y expérimente aussi son système original de chauffage et de ventilation. Véritable « maison-portrait », elle est faite sur mesure pour son commanditaire.
Tout le plan s'ordonne autour d'un axe : il part de la porte d'entrée, traverse la maison et s'arrête au milieu de l'abside de la salle à manger. Dans le petit hall d'entrée, les parois sont couvertes d'une imitation de marbre vert. Derrière une double porte aux vitraux de verre américain et de verre craquelé, dans des tons verts et mauves, vient le vestibule octogonal : ses lambris sont d'inspiration japonaise, un décor d'épines parcourt son plafond, et la mosaïque de marbre du sol y trace des spirales qui entourent la bouche de chaleur du calorifère. Sept marches de marbre mènent au rez-de-chaussée surélevé, qui occupe tout l'arrière de la maison.
Le palier, baigné de lumière, s'ouvre à gauche sur le jardin d'hiver, couvert d'une verrière inclinée et agrandi par un vaste miroir ; à droite monte l'escalier d'honneur, qui s'arrête au premier étage. Des arcades de fer forgé, posées sur des colonnettes métalliques, soutiennent la couverture du palier. Le grand décor mural, un dégradé de vert et d'orange d'arabesques et de végétaux stylisés, est dû à Henri Baes ; ses motifs reviennent dans la ferronnerie, la mosaïque de marbre du sol et les luminaires. Dans l'axe, le salon et la salle à manger, terminée par une abside pentagonale, se voient en entier depuis le palier à travers des portes et des panneaux fixes vitrés. Le plafond de bois contraste fortement avec les poutres métalliques apparentes, qui expriment la structure ; le parquet est en chêne de Hongrie.
Les marches de l'escalier sont en hêtre clair. À l'entresol, le fumoir domine en belvédère les pièces d'apparat du rez-de-chaussée ; une banquette s'y appuie contre le bow-window, que garnit un vitrail d'inspiration japonaise. Plus haut, un grand vitrail montre un paysage de bord de mer d'inspiration japonaise. Au pied de l'escalier jaillit un luminaire électrique, fait de tiges souples de laiton qui s'achèvent en ampoules. Le mobilier, conçu en partie par Horta et acheté pour le reste à la galerie « L'Art Nouveau » de S. Bing, à Paris, a été dispersé.
Sur la rue, la façade s'insère dans l'enfilade tout en déconcertant par ses formes ; elle compte quatre niveaux, dont un entresol, et trois travées. Son parement alterne des assises de pierre blanche d'Euville et de Savonnières ; au rez-de-chaussée, la pierre bleue forme les bandeaux du bas et entoure la porte. Les travées latérales sont percées d'ouvertures étroites qui s'amenuisent vers le haut jusqu'à ressembler à des meurtrières, tandis que les baies axiales s'élargissent. Une puissante corniche cintrée forme une sorte d'auvent au-dessus de l'entrée et sert d'assise à l'oriel, dont la structure porteuse métallique est nettement affirmée. À l'entresol, cinq colonnettes de pierre, dont les bases et les chapiteaux sont taillés en forme de griffes, rythment l'ouverture ; au premier étage se dressent quatre sveltes supports métalliques faits de poutrelles accolées, et le garde-corps dessine des arabesques en fers plats rivetés. L'oriel est couronné d'une terrasse ; au niveau suivant, la façade redevient plane, avec une large baie centrale divisée par deux colonnettes de fonte qui soutiennent le linteau métallique. La façade arrière, très sobre, reçoit une annexe en forme d'oriel qui monte du sol au premier étage et apporte espace et lumière aux pièces arrière.
Usage
La société NOVE, agence bruxelloise de conseil en affaires publiques et en communication, y est aujourd'hui installée.
Visiter
L'intérieur n'est pas ouvert au public en temps ordinaire. Des visites guidées sur réservation y ont été organisées pendant le BANAD (Brussels Art Nouveau Art Deco Festival), festival annuel qu'Explore.Brussels organise avec ses associations membres pour ouvrir des lieux habituellement fermés au public.
L'hôtel est au 6 de la rue Paul-Émile Janson, à Bruxelles ; sa façade se voit depuis la rue.
Photos


50.83° N, 4.36° E
Sources (11)
- monument.heritage.brussels/fr/buildings/15890
- monument.heritage.brussels/nl/buildings/15890
- banad.brussels/visites/24-hotel-tassel/
- banad.brussels/concept/
- banad.brussels/
- arau.org/fr/visites/une-maison-bruxelloise-lhotel-tassel/
- nove.eu/contact/
- nove.eu/
- fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel_Tassel
- openstreetmap.org/way/138946181
- wikidata.org/wiki/Q1881679