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Cité Frugès

Pessac, Gironde

Cité Frugès, Pessac, Gironde
Photo : « flickr:27959426405 » · Fred Romero (corno.fulgur75) · Flickr · CC BY 2.0, recadrée

Sources consultées en octobre 2026

« Un quartier ouvrier conçu comme un « laboratoire », où un même module de cinq mètres de côté se décline en maisons de formes différentes aux façades colorées. »
Année
1924-1926
Architecte
Le Corbusier
Type
Quartier d'habitat ouvrier (monument historique, patrimoine mondial de l'UNESCO)
Accès
Quartier habité ; maison de la Ville et visites commentées du mercredi au dimanche, sur réservation (site de la Ville de Pessac, avril 2026)

Entre 1924 et 1926, Le Corbusier et Pierre Jeanneret construisent à Pessac, pour l'industriel sucrier Henry Frugès, un quartier de cinquante et une maisons, dont il en reste cinquante, bâties sur un module commun et peintes de couleurs variées. Deux secteurs sur les quatre prévus seulement ont été réalisés. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2016, le quartier est habité ; une seule maison, celle de la Ville, est ouverte au public.

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Itinéraire
Pour approfondir ≈ 5 min de lecture

Histoire

Henry Frugès, industriel sucrier girondin, découvre les idées de Le Corbusier en lisant Vers une architecture, publié en 1923. Il le sollicite d'abord pour un petit lotissement ouvrier à Lège, puis voit plus grand : il acquiert à Pessac une clairière bordée de pins, pour y édifier une cité-jardin de 150 à 200 villas et favoriser l'accès à la propriété des classes « laborieuses ». « Pessac doit être un laboratoire », déclare-t-il à l'architecte. Le projet est conçu par Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret ; le premier plan-masse date du 24 juillet 1924.

Le chantier commence en 1925. Il s'agit d'une expérience de construction standardisée, mais le directeur de chantier est incompétent et les entreprises locales sont inexpérimentées, notamment avec le canon à ciment : l'affaire tourne vite à l'impasse, et Le Corbusier se tourne alors vers son entrepreneur parisien, Georges Summer, en mai-juin 1925. Les retards d'adduction d'eau et de services d'urbanisation de la Ville menacent l'entrepreneur de faillite. Seuls deux secteurs sur quatre sont construits, soit 51 maisons destinées à la vente ; les secteurs A et B ne le seront jamais. Les quartiers sont inaugurés en juin 1926, mais les maisons restent vacantes jusqu'en 1929, quand la cité est raccordée à l'eau ; elles ne se vendent qu'à partir de cette année-là, après un amendement de la loi Loucheur sur l'habitat bon marché.

Les premiers propriétaires, des familles aux revenus modestes, transforment vite leur logement : étanchéité des terrasses, gain de surface. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bombardement allié de la voie ferrée détruit la maison isolée grand modèle et souffle une partie des vitrages ; certains propriétaires remplacent alors des fenêtres en longueur par des fenêtres à deux battants. Le 16 juin 1931, Le Corbusier écrit à René Vrinat, l'ingénieur qui surveillait le projet, sa colère devant le sort des maisons : « C'est une horreur véritable ».

Un basculement s'opère en 1973, quand un nouveau propriétaire, admirateur de l'architecte, restaure sa maison à arcades ; elle est classée monument historique en 1980. En 1983, la Ville de Pessac achète une maison de type gratte-ciel, la restaure en 1986 et l'ouvre au public l'année suivante. Dans les années 1990, l'office public de l'habitat Aquitanis achète et réhabilite quatre maisons, deux gratte-ciel, une maison à arcades et une maison en quinconce. Les règles d'entretien et de restauration sont fixées en 1998 par la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager. En 2016, la cité est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial, en même temps que seize autres œuvres ou sites de Le Corbusier. Aujourd'hui, la protection au titre des monuments historiques couvre les cinquante maisons.

Architecture

Le projet repose sur un module standard, un carré de cinq mètres de côté, et sur un type de base de deux niveaux d'une travée et demie. L'adjonction d'une ou plusieurs travées donne les différents types de maisons, si bien que l'ensemble n'est ni répétitif ni monotone : Le Corbusier veut standardiser les éléments sans standardiser les logements. Les sept maisons à arcades forment une bande reliée par une terrasse couverte d'une voûte plate. Les « gratte-ciel » sont des maisons doubles, formées de deux modules accolés dos à dos que couronne une terrasse en partie couverte, à laquelle mène un escalier extérieur. Les maisons en quinconce et en zig-zag, groupées par six ou par trois, ménagent au rez-de-chaussée un espace d'accueil et un chai, et portent à l'étage une terrasse-pergola. Dans les maisons jumelles, toutes les fenêtres de grande longueur sont tournées vers la voie ferrée, et les portes d'entrée du côté opposé. La maison Vrinat, isolée, était celle du chef des travaux.

Le Corbusier y met en pratique les « cinq points de l'architecture moderne » : le plan libre, la façade libre, la fenêtre en longueur, le toit-terrasse et même le pilotis, ici suggéré. Les formes géométriques primaires sont amplifiées par une polychromie variée des façades. « Le rouge et le brun assurent la fixité du mur, le bleu et le vert éloignent le mur », dit-il de la couleur. Les secteurs C et D s'achèvent avec des murs en parpaings de mâchefer, méthode plus traditionnelle.

Le plan compte quatre rues, un chemin et cinquante maisons. Les secteurs A et B, non construits, devaient s'ouvrir sur une place centrale bordée de commerces, avec un fronton de pelote basque. On entre aujourd'hui dans la cité par le secteur C, entre la rue Henry Frugès et la rue Le Corbusier ; le secteur D s'achève rue des Arcades, voie sans issue dont les arches ouvrent sur la forêt de pins.

Usage

Toutes les maisons ont conservé leur fonction de logement : le quartier est à la fois habité et visité. Les travaux d'entretien, de réparation et de restauration sont portés par les propriétaires, avec l'encadrement de l'État et son accompagnement financier ainsi que celui de la Ville. La seule exception est le « gratte-ciel » de la Ville de Pessac, au 4 rue Le Corbusier : il n'est plus destiné à être habité et sert de maison témoin ouverte au public.

Visiter

Seule la maison de la Ville, au 4 rue Le Corbusier, est ouverte au public ; les autres maisons sont habitées. L'accueil et les visites commentées de la cité et de cette maison ont lieu du mercredi au dimanche, sur réservation. La réservation en ligne ne se fait pas le jour même, et les groupes de plus de dix personnes s'adressent par courriel au service de médiation. La visite est proposée en français ; prévoir environ 1 h 15.

On y vient en tram jusqu'à Pessac Centre ou en bus Liane jusqu'à l'arrêt Le Monteil Cité Le Corbusier / La Forge ; en voiture, à pied ou à vélo, il faut suivre l'avenue Pasteur jusqu'à la place du Monteil.

44.80° N, 0.65° O

Sources (14)

  1. citefrugeslecorbusier.pessac.fr/
  2. citefrugeslecorbusier.pessac.fr/reserver-sa-visite/
  3. citefrugeslecorbusier.pessac.fr/visiteurs/
  4. citefrugeslecorbusier.pessac.fr/decouvrir-la-cite/info-pratiques/
  5. citefrugeslecorbusier.pessac.fr/decouvrir-la-cite/le-projet/
  6. citefrugeslecorbusier.pessac.fr/decouvrir-la-cite/les-protagonistes/
  7. citefrugeslecorbusier.pessac.fr/decouvrir-la-cite/une-cite-vivante/
  8. citefrugeslecorbusier.pessac.fr/decouvrir-la-cite/un-patrimoine-reconnu/
  9. fondationlecorbusier.fr/oeuvre-architecture/realisations-cite-fruges-pessac-france-1924-19
  10. sites-le-corbusier.org/oeuvres/cite-fruges-quartiers-modernes-fruges/
  11. openstreetmap.org/way/223589943
  12. openstreetmap.org/way/27564079
  13. wikidata.org/wiki/Q2974657
  14. fondationlecorbusier.fr/en/work-architecture/achievements-cite-fruges-workers-housing-esta
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